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19/03/2012

Article paru dans Libé: La bande de Moebius

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Bashung, Bilal, Loustal, Manset ou Christophe étaient au rendez-vous.

Par BAYON

«Quand l’un de nous manquait à bord /C’est qu’il était mort…» Nous avions notre bande, comme dit Christophe, qui en est. Jean Giraud-Moebius faisait un des «cœurs-vaillants-rien-d’impossible» de cette amicale, cœur des plus purs avec Bashung. Entre Enki Bilal, l’autre star du dessin SF, leurs pairs pas tous footballeurs Loustal ou Vuillemin, voire Killoffer, l’amuseur de cabaret Luis Rego, compagnon de feu Gérard Rinaldi au sein du groupe fondateur Les Problèmes (extension Charlots), Manset et Christophe donc, les Lancelot rock, rejoints bientôt par Raphael, entre autres habitués artistes, affairistes et satellites journalistes écrivains escrocs.

Noyau. C’était un petit club choisi, strict sans façon, convertible, nomade, tantôt basé dans le XIVparisien, tantôt aux Batignolles ou place Clichy, essentiellement garçon, lancé il y a une vingtaine d’années par les frères Armanet, sous la houlette du cadet. Un cercle des poètes esthètes disparus, dont le noyau, avec le temps, à raison d’une réunion ou deux ou trois l’an, tournait autour du trio générationnel Manset-Bashung-Moebius. Au fil des saisons s’en allaient, comme dans la chanson (« Parmi nous, certains sont tombés / Et tous les autres que deviennent-ils ? / Nous sommes prisonniers de l’inutile»), Alain Dister, photographe et critique rock des années 70 de la belle époque Rock & Folk,Pop 2 ou Bouton rouge, Dominique Grisoni (Le Livre de poche, ex du Libération préhistorique), en éclaireurs cancéreux tous deux, entre un frère ou un cousin.

Puis, ce fut le très noble Bashung, qui interloquait d’emblée Manset sur l’air de «Toi aussi tu aimes les gros seins ?» entre deux traits subtils sur le Petit Duc du Maldoror perdu ; Bashung happé par le même cancer familier de notre Atelier du crabe des vanités, sous l’œil attentif de l’ami postulant Giraud, alter ego enfant éternisé dans son assez grand âge doux, qui l’aimait comme personne.

Jean Moebius qui suit donc le digne exemple de son cadet et maître en disparition dandy («Et puis meurs sans parler») sur la piste oncologique encombrée, aujourd’hui.

Léger. Le dernier comme le pénultième pâte d’homme. Toux deux surdoués en leurs domaines, à la même sagesse des nations effacée comme leur âge, la même gentillesse altruiste, avec une passion croisée pour le grand écrivain américain du temps au futur antérieur Philip K. Dick.

Au dernier stade de sa vie, ou de sa mort pour ainsi dire, son cancer toujours remis et toujours sur le qui-vive, Moebius, Major Fatal plus vrai que nature, souriait et devisait paisiblement - en apparence -, léger comme un dernier souffle, entre Manset, auteur de Seul et Chauve, Bilal et Loustal, fleuretant avec les fées du soir, à une toute récente assemblée de sa bande, zen, smart, aiguisé par le jeûne qui épuise et grise. De quoi parlait-on ? Des derniers films, comme n’importe qui. De lectures, musique, Indiens, voyages, dessin, cheveux, Bashung et accessoirement oncologie. Voilà, ciao, à la prochaine.

 

Lien vers l'article original : 

http://www.liberation.fr/culture/01012395337-la-bande-de-...

Commentaires

Merci Etienne et merci Bayon de nous avoir si bien relaté l'histoire de cette bande décimée...

Écrit par : Oliver | 24/03/2012

Les commentaires sont fermés.