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06/04/2012

Darc un jour, peut être un soir...

Daniel Darc, l.u.v., La Laiterie, La taille de mon âme

 

Nous n'étions pas assez nombreux mardi soir pour assister au concert de Daniel Darc à La Laiterie de Strasbourg. Initialement prévu dans la grande salle (pourtant pas énorme) le spectacle, faute de combattants fut déplacé dans "Le Club" annexe, qui pour le coup, était bondé.

Je passe sur la première partie assurée par Alan Corbel, folkeur pourtant doué. Le folk(rock) n'étant pas ma tasse de thé, il m'a laissé le temps de me mettre en condition... au bar.

L'interlude est ensuite l'occasion d'approcher de la scène. Je renonce au premier rang, largement accessible, me contentant du troisième. Je ne sais pourquoi, mais l'animal fait peur.

A juste titre, car pour un novice comme moi, l'apparition de Daniel Darc est un choc, une émotion très particulière. L'homme est meurtri, ce n'est pas une réelle surprise, mais le trouble est palpable. J'attendais le prince en exil, la déchéance esthétique; derrière ses lunettes noires qu'il ne quittera pas, est apparu un homme voûté, la démarche incertaine, aux gestes saccadés et empruntés. A cet instant, j'ai des doutes, est-ce que vous en avez ?

Pourtant, l'ouverture est limpide avec "Serai-je perdu" suivi de " C'était mieux avant", sommet extrait du sublime "La Taille de mon Ame", son dernier album. Daniel Darc psalmodie la bonne parole tel un poète maudit, tel un mutant de Marvel, il crache son poison, distille son venin... Soulagement, la voix porte, la mélodie, à peine éraflée, et les textes parfaitement compréhensibles pénètrent l'air avec une toute puissance bouleversante. Parmi les morceaux initiaux, juste avant le single du moment "C'est moi le printemps" figure "La Pluie qui tombe", chef d'oeuvre dark dans l'oeuvre de Darc : 

 

Musicalement, la force de frappe est dense. A la basse et au violoncelle, exerce d'ailleurs une vieille connaissance du public de Bashung, Jean François Assis, implacablement impeccable, comme d'hab'. A la guitare, sévit François Bodin, grisonnant mais toujours virevoltant, quand au clavier et à la batterie, n'ayant pas saisi leurs patronymes, nous dirons qu'ils sont tenus par Ray Manzarek et John Densmore (avis aux connaisseurs...).

Sur " L.U.V. " , c'est "Manzarek" qui se charge sobrement de suppléer Bashung en duo avec l'ange déchu. Évidemment, je pense à l'Apache dont l'interprétation était autrement dévastatrice. Absence... Nous somme encore au début du concert et Daniel Darc s'éclipse brusquement. Le solo de guitare s'étire, s'étiiiiire... Double absence, et grande inquiétude !

Sourire en coin, il réapparaît finalement, inaltérable mais désaltéré.

Les morceaux s'enchaînent ensuite merveilleusement avec dans le désordre: "Et quel crime" - "Sous la lune" - "J'irai au paradis" - "Je me souviens je me rappelle" - "Elegie ≠2" - "My Baby left me" - "Vers l'infini" - "La seule fille sur Terre" - " Inutile et hors d'usage" - "La main au coeur" ect... Pas une seule piquette, que des grands crus. On décèle des plaies béantes, des déchirures exaltées, des rédemptions, l'amour des âmes en peines. On survole des gouffres avides de sentiments... La faucheuse rôde parfois en special-guest, c'est une évidence, mais Darc danse avec elle depuis si longtemps. Alors...

L'impression générale est excellente, les applaudissements nourris, parfois solennels. "Ca ne sert à rien" s'accouple langoureusement avec "People are Strange" des Doors et ancre définitivement Daniel Darc pile à l'intersection de Serge Gainsbourg et d'un Jim Morisson ayant pris de la bouteille. Je me surprend ainsi à relever que l'American Poete, mort à 27 ans en 1971, continu d'influencer la scène musicale actuelle.

En guise de rappel, l'ex Taxi Girl , s'en est allé  "Chercher le Garçon". Le tube 80's claque comme jamais, rock, speedée et aérien. Cette chanson est et restera définitivement une bombe pour l'éternité. L'heure de la séparation approche et Daniel Darc aura finalement rempli son rôle à merveille. L'homme connaît le fond des abîmes, y (re)plonge régulièrement mais reste avant tout un immense artiste, largement sous-estimé. Un charisme christique, une présence intimidante au service d'un répertoire sublimé sur scène.

Une petite dernière et on se tire, nous annonce-t-il alors. "La Taille de mon Âme"...

Ton âme, Daniel, depuis mardi, nous sommes une petite centaine supplémentaire à savoir qu'elle est en peine mais qu'inversement proportionnelle à la salle de concert, sa dimension est définitivement hors norme.

 Merci

Oliver

 

 P.S: Cliché signé NSOphoto et vidéos enregistrés hier soir (05/04/12) au Trianon de Paris, mis en ligne par pinkfrenetik.com

 

 

04/04/2012

Madame Rêve...

madamereve.jpg

 

Madame rêve d'apesanteur
Des heures des heures
De voltige à plusieurs

...

Madame rêve
Au ciel
Madame rêve
Au ciel
Madame rêve

 

 



16:42 Écrit par GreggoryEess | Lien permanent | Commentaires (15) |  Facebook

30/03/2012

J'me souviens d'une autoroute...

Bashung coupé en deux.jpg

Mes yeux sont dans le miroir où je les ai laissés
Je me reconnais même plus sur les photos
Je comprends pas vos questions
Je comprends pas vos prisons
M'ont fait prendre trop de cachets dans leur cachot

Mes mains sont sur un petit cul que j'ai pas touché
J'ai dit ça comme ça, faut pas le prendre de haut
Je signerai où vous voudrez, je signerai mais faut m'expliquer
J'ai pas bien lu le scénario

Je me souviens d'une autoroute...
Coupée en deux
J'ai pas vu le panneau...
Je fermais les yeux

Toujours sur la ligne blanche



podcast


Toujour sur la ligne blanche ( Boris Bergman / Alain Bashung )
Roulette Russe (1979)


Balancé par Olivier

20/03/2012

Quelque(s) chose(s) de Bashung : Terrasson,Mikaïloff,Teyssot-Gay,Péchin, Bergman...

Bashung-carton-150x210bis(4).jpg

Chers Tous, Ravi de vous informer de cette nouvelle création autour de Notre Apache préféré. Photo Pierre Terrasson.
 

Une soirée exceptionnelle le samedi 24 mars dédiée à Alain Bashung au Théâtre Louis Aragon de Tremblay en France
Des artistes venus de la musique, de la danse, de l’image et du théâtre donnent à entendre et à voir : « Quelque(s) chose(s) de Bashung »
 
20h : Carte blanche à la Compagnie Hors Série.
Le chorégraphe Hamid Ben Mahi invite Serge Teyssot-Gay (ex musicien de Noir Désir) du groupe Zone Libre : une rencontre électrique entre la danse hip hop et le rock.
Avant- première de Des défis à relever, extraits de la prochaine création d’Hamid Ben Mahi, chorégraphe traversé par l’œuvre d’Alain Bashung.
 
21h : Vernissage des deux expositions inédites du photographe Pierre Terrasson
 
Suivi de Dernières nouvelles de Frau Major,  une fiction musicale de Pierre Mikaïloff et Hédi Tillette de Clermont- Tonnerre inspirée de la vie et de l’œuvre d’Alain Bashung.
Direction musicale de Yan Péchin.Images de Pierre Terrasson.
A la croisée des chemins et des genres, une traversée rock mêlant texte, musique et image dans l’œuvre, le répertoire et le destin d’un artiste.
Avec la participation de Boris Bergman, Joseph d’Anvers, Hamid Ben Mahi, Kent, Brad Scott …
 
La soirée est gratuite, réservation obligatoire au 01 49 63 70 58


 

Bashung-carton- 2.jpg


18:44 Écrit par GreggoryEess | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

19/03/2012

Article paru dans Libé: La bande de Moebius

bashung.jpg

 

Bashung, Bilal, Loustal, Manset ou Christophe étaient au rendez-vous.

Par BAYON

«Quand l’un de nous manquait à bord /C’est qu’il était mort…» Nous avions notre bande, comme dit Christophe, qui en est. Jean Giraud-Moebius faisait un des «cœurs-vaillants-rien-d’impossible» de cette amicale, cœur des plus purs avec Bashung. Entre Enki Bilal, l’autre star du dessin SF, leurs pairs pas tous footballeurs Loustal ou Vuillemin, voire Killoffer, l’amuseur de cabaret Luis Rego, compagnon de feu Gérard Rinaldi au sein du groupe fondateur Les Problèmes (extension Charlots), Manset et Christophe donc, les Lancelot rock, rejoints bientôt par Raphael, entre autres habitués artistes, affairistes et satellites journalistes écrivains escrocs.

Noyau. C’était un petit club choisi, strict sans façon, convertible, nomade, tantôt basé dans le XIVparisien, tantôt aux Batignolles ou place Clichy, essentiellement garçon, lancé il y a une vingtaine d’années par les frères Armanet, sous la houlette du cadet. Un cercle des poètes esthètes disparus, dont le noyau, avec le temps, à raison d’une réunion ou deux ou trois l’an, tournait autour du trio générationnel Manset-Bashung-Moebius. Au fil des saisons s’en allaient, comme dans la chanson (« Parmi nous, certains sont tombés / Et tous les autres que deviennent-ils ? / Nous sommes prisonniers de l’inutile»), Alain Dister, photographe et critique rock des années 70 de la belle époque Rock & Folk,Pop 2 ou Bouton rouge, Dominique Grisoni (Le Livre de poche, ex du Libération préhistorique), en éclaireurs cancéreux tous deux, entre un frère ou un cousin.

Puis, ce fut le très noble Bashung, qui interloquait d’emblée Manset sur l’air de «Toi aussi tu aimes les gros seins ?» entre deux traits subtils sur le Petit Duc du Maldoror perdu ; Bashung happé par le même cancer familier de notre Atelier du crabe des vanités, sous l’œil attentif de l’ami postulant Giraud, alter ego enfant éternisé dans son assez grand âge doux, qui l’aimait comme personne.

Jean Moebius qui suit donc le digne exemple de son cadet et maître en disparition dandy («Et puis meurs sans parler») sur la piste oncologique encombrée, aujourd’hui.

Léger. Le dernier comme le pénultième pâte d’homme. Toux deux surdoués en leurs domaines, à la même sagesse des nations effacée comme leur âge, la même gentillesse altruiste, avec une passion croisée pour le grand écrivain américain du temps au futur antérieur Philip K. Dick.

Au dernier stade de sa vie, ou de sa mort pour ainsi dire, son cancer toujours remis et toujours sur le qui-vive, Moebius, Major Fatal plus vrai que nature, souriait et devisait paisiblement - en apparence -, léger comme un dernier souffle, entre Manset, auteur de Seul et Chauve, Bilal et Loustal, fleuretant avec les fées du soir, à une toute récente assemblée de sa bande, zen, smart, aiguisé par le jeûne qui épuise et grise. De quoi parlait-on ? Des derniers films, comme n’importe qui. De lectures, musique, Indiens, voyages, dessin, cheveux, Bashung et accessoirement oncologie. Voilà, ciao, à la prochaine.

 

Lien vers l'article original : 

http://www.liberation.fr/culture/01012395337-la-bande-de-...